kibbutz

Kibboutz : entre nostalgie et changements inévitables

Les Kibboutz d’Israël sont nichés dans les paysages naturels les plus riches et les plus spectaculaires,  et sont une des « spécialités » du pays, ils représentent un mode de vie rurale unique, dont le maître- mot historique est le partage.

Le mouvement des kibboutzim se fit jour au tournant du 20ème siècle, lorsque des groupes de jeunes pionniers en provenance de l’Europe de l’est  décidèrent de combiner  leur attachement aux valeurs égalitaires et leur amour de la nature et du travail de la terre avec leurs idéaux sionistes.

Ces  premiers « kibboutznik », comme on appelle les membres de ces communautés, fondèrent  Deganya,  sur la rive sud de la mer de Galilée, un kibboutz qui vit pleinement, et  toujours  prospère.

Il s’agit à l’origine de communautés rurales, mais des activités industrielles ont commencé à y être développées dès les années 1940-1950.

Historiquement, les membres des kibboutzim ont été perçus comme une élite, particulièrement militante et engagée. Ainsi, dans les années 1980, les officiers issus des kibboutzim représentaient près de 25 % du corps des officiers, pour à peine 3 % de la population.

Cependant le poids idéologique ou humain des kibboutzim est clairement en baisse depuis les années 1970, et ils ne pèsent plus que 1,8 % de la population israélienne en 2005. Depuis 2000 leur population ne se réduit pas vraiment, mais surtout elle ne progresse plus dans une société israélienne en développement démographique rapide. Malgré cette baisse du poids démographique, ils représentent encore 10 % de la production industrielle israélienne, 40 % de sa production agricole et 6 % de son PIB en 2010.

Physiquement parlant, la plupart des kibboutzim sont conçus sur le même modèle : au centre se déploient les édifices communs tels que réfectoire, auditorium, bureaux et bibliothèque, entourés par des jardins et les maisons de leurs membres ; légèrement décentrés sont les bâtiments et les équipements sportifs ; les champs, vergers et bâtiments industriels se trouvent à la périphérie.

La laïcité et l’égalité des sexes sont revendiquées depuis les débuts (sauf dans les kibboutzim religieux), ce qui explique les relations historiquement très tendues avec les religieux juifs même si cette accusation reste relativement isolée. De nombreuses accusations ont ainsi fleuri dans les milieux ultra-orthodoxes.

Bien qu’il y ait quelques exceptions, les membres des kibboutzim sont normalement juifs. Il y a eu des tentatives avortées d’organisation de kibboutzim musulmans, mais les kibboutzim juifs ont vocation à rester des organisations nationalistes juives, dont la base est presque exclusivement juive.

Indépendamment des membres permanents du kibboutz, des travailleurs extérieurs (sans droit de vote) juifs ou non-juifs ne sont pas rares : volontaires étrangers (pour des périodes temporaires), salariés arabes israéliens ou travailleurs immigrés (est-européens, pays du Sud-Est asiatique…). 

Entre membres (hors salariés extérieurs), il n’y a normalement pas de salaire : la communauté fournit gratuitement et de façon strictement égalitaire les biens collectifs (bibliothèques, écoles, etc.) et les biens de consommation individuels (logements, télévisions, ordinateurs). Aucune différence n’est faite selon le statut, la qualification ou le poste de travail des membres.

L’activité économique du kibboutz est collectiviste : les moyens de production et d’échanges sont la propriété de tous, et il n’y a pas d’entrepreneurs privés dans un kibboutz.

Des sommes modérées permettant à chacun d’aller dans le monde extérieur au kibboutz pour y consommer librement sont également remises aux membres, sur une base égalitaire.

À compter des années 1970, les kibboutzim ont connu des difficultés économiques énormes, renforcées par la quasi disparition des subventions sous les gouvernements Likoud (droite).

Les années 1980 ont donc été une période où les kibboutzim ont dû réorganiser en profondeur leurs activités économiques. Les secteurs les plus porteurs : industrie, tourisme et services ont été développés. L’agriculture a été reléguée au second rang. Cependant, au début des années 1990, les kibboutzim avaient surmonté la crise, qui reste sans doute la plus rude de leur histoire.

Aujourd’hui, malgré quelques exceptions, les kibboutzim sont considérés comme en bonne santé économique et financière. Le niveau de vie des membres des kibboutzim est l’un des plus élevés d’Israël, ce qui suscite d’ailleurs parfois la rancœur des communautés environnantes.

Au-delà de la gestion collective et égalitaire du travail, les kibboutzim avaient également à l’origine développé un mode de vie collectiviste : prise des repas en commun, absence totale de propriété privée, éducation en commun des enfants, qui ne vivaient pas avec leur parents.

Depuis les années 1970-80, de nouvelles valeurs individuelles et familiales se sont développés dans les kibboutzim. La propriété collective, le travail collectif, l’égalitarisme social et la démocratie directe ne sont pas vraiment remis en cause. Mais des évolutions sont apparues, en particulier l’acceptation de la vie privée et de la vie de famille. Ainsi, aujourd’hui, les enfants dorment chez leurs parents et dans la plupart des kibboutz il n’y a plus de repas avec l’ensemble de la communauté dans le réfectoire.

Toujours dans le développement de cette sphère du privé, une allocation de « budget personnel » est apparue. Il ne s’agit pas d’un salaire, et l’allocation est normalement égale pour tous. Mais elle permet de participer à la société de consommation, et de s’acheter divers biens non fournis par le kibboutz, qui deviennent dès lors une propriété privée.

httpv://www.youtube.com/watch?v=02T_OlTDA_k

Certains kibboutzim ont même été plus loin en introduisant une échelle de salaires différenciés entre les membres, ce qui est une rupture énorme par rapport à la tradition égalitariste.

Autre facteur de remise en cause, l’industrialisation des kibboutzim a entraîné le recours à de la main-d’œuvre extérieure, salariée. Elle est importante : 50 à 60 % des travailleurs employés par l’ensemble des kibboutzim. Ces travailleurs peuvent être des Juifs, mais aussi des arabes ou des travailleurs immigrés de diverses origines (Chine, Europe orientale…). Cette main d’œuvre, surtout concentrée dans les tâches d’exécution, perçoit parfois le kibboutz où elle travaille comme un « patron » collectif, avec lequel des conflits peuvent surgir. Elle touche évidemment des salaires, notion qui n’existe normalement pas dans un kibboutz. Et elle ne participe pas vraiment à la définition des politiques du kibboutz, ce qui viole les principes égalitaires du projet.

Enfin, certains membres des kibboutzim travaillent maintenant à l’extérieur. Le salaire est normalement intégralement versé au kibboutz. Cette situation a toujours existé. Mais cette tendance se renforce, et entraîne trois conséquences :

Certains liens communautaires se distendent quelque peu ;

Des membres deviennent économiquement indépendants du kibboutz et peuvent donc le quitter à tout moment.

Certains revenus échappent au kibboutz, et introduisent parfois quelques différences sociales entre les membres.

Aujourd’hui, en dépit de certains problèmes économiques globalement bien surmontés, de la perte d’une partie de son prestige au sein de la société israélienne qui ne considère plus les kibboutzim comme un modèle à atteindre et de l’acceptation d’une sphère privée importante, l’institution du kibboutz demeure, de nos jours encore, le plus grand mouvement communautaire au monde.

httpv://www.youtube.com/watch?v=scryLaA9qEs

En 2005, près de 120 500 personnes (1,8 % de la population israélienne) vivent dans les 269 kibboutzim d’Israël disséminés depuis le plateau du Golan au Nord jusqu’à la mer Rouge au Sud. Leurs effectifs varient de moins de 100 membres à plus de 1000 pour certains, la majorité recensant une population de quelques centaines de membres. Malgré cette baisse du poids démographique, ils représentent encore 10 % de la production industrielle israélienne, 40 % de sa production agricole et 6 % de son PIB en 2010.

httpv://www.youtube.com/watch?v=iWaM1DA-_zA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>